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Contes
de vie
La peinture de
Patricia Donatien est d’abord un langage de couleurs
crues qui happent le lecteur et le transporte dans un monde de signes.
Sa peinture est habitée. C’est une restitution de la flamboyante
complexité des mondes. Ocre, rouge, jaune, vert interpellent.
C’est une pensée sauvage et bien des voyeurs pourtant
saisis, se refusent à pénétrer dans son monde.
Trop turbulent, trop dérangeant. Pourtant Patricia
nous conte bien des histoires : celle du Nègre rouge qui
a marronné loin des habitations, le cheveu hirsute parsemé d’herbes
vertes et jaunes et rouge sang, la barbe de quelques mauvais poils
et ses yeux de feu qui vous font baisser vos yeux à vous. Il
ressemble à un sacré diable, le salopard. Il s’est
arrêté un instant pour vous faire partager la fureur
qui étreint son être. Mais la rage ne se partage pas.
Passe ton chemin, mon Nègre, même si je sais que tu viendras
hanter mes nuits frileuses pour ébranler ce qui me reste de
conscience. Patricia m’a aussi raconté l’histoire
de cette femme déesse qui tient son bébé dans
les bras. Le cadre est resserré, étroit autour d’elle
Son ventre est encore plein de sa récente maternité.
Elle n’a pas eu le temps de domestiquer ses cheveux grennés
qui exultent en un tourbillon de cordes bleues, vertes et rouges, couronne
de piques sauvages. Elle promène l’enfant dans le devant-jour
pour qu’il grandisse fort et courageux. Elle lui murmure des
paroles douces et terribles, contes de vie, contes de mort. Elle lui
dit que la vie n’est pas douce mais elle reste bien campée
sur ses jambes de négresse rouge. La vie n’est pas douce,
oh ! Mais la négresse rouge fait face. Ses personnages
habitent la blès pourpre du temps déraciné .Ils
ne pleurent pas leur souffrance, ils résistent et c’est
ce qui fait la cohérence des tableaux de Paticia Donatien. S’y
côtoient des gens assis qui devisent, qui refont le monde ou
qui le regardent tournebouler la vie faussement tranquille. Point
de cocotiers balancés au vent de vanille et de cannelle, ni
de plages ourlées par une mer émeraude. Dans le monde
de Patricia, il y a des bruissements d’anges rouges et de grands
cris d’ouragan qui frottent dans les plissures des femmes assises
qui racontent des contes de vie. Dominique
Aurélia
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