La
traversée des apparences
Fazian
voit non seulement le visible mais réfléchit singulièrement
sa vision dans une transposition imagée.
Cette transformation du visible en image n’est pas une façon
de se couper abstraitement du monde mais une manière de se lier à la
visibilité du monde.
Nous pouvons
proposer diverses raisons aux intentions de l’artiste et penser
qu’il donne forme au présent dansle mystère
en tant que tel. Le mystère qui cache les apparences. Le mystère
qui entretient avec la réalité visible une énigmatique
densité de présence. Ne cherchant ni à prodiguer
au monde une fondation nouvelle, ni à tromper l’œil,
l’œuvre de Fazian n’est donc pas formellement « sur-réaliste ».
Elle est avant tout une pensée. Peindre, sculpter ou céer
pour l’artiste, c’est penser, et tout ce qu’il pense
de la pensée trouve à se formuler comme une métaphore
de la visibilité.
Un des tableaux
montre un espace d’une grande amplitude, où Ciel et Terre
liquéfiés semblent participer à un silence aquatique
en la présence de deux personnages hybrides. Dans tous les termes
du sens, se crée un univers légendaire, mythique et allégorique.
Un monde subtilement déséquilibré par les éléments
iconographiques de la représentation . Fazian propose à l’œil,
l’avenir de rêves solennels : ceux d’une
humanité réconciliée dont l’échange
recueilli en constituerait l’essence. Le phénomène
d’appropriation au sens noble du terme, est pour l’artiste
un élément du mouvement de sa pensée : complémentarité de
l’homme et de la femme, fusion des cultures, tableau dans le
tableau…Tout constitue une parcelle de l’histoire de l’art
dans l’art présent ; tout participe aux syncrétismes
culturels chers à l’artiste ; tout vise à l’appréhension
totale du monde et de l’homme.
Sophie d'Ingianni -
Critique d'art |