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Héritage et modernité (extraits) Dominique Berthet
Revue du C.E.R.E.A.P. N°6 octobre 2000 Traditions, modernité, art actuel
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Klodi Cancelier et Lucien Léogane quant à eux poursuivent depuis une dizaine d'années un travail en duo. Ils fondent en 1988 le groupe Koukara (contraction de "Koulè karayib", c'est-à-dire couleurs caraïbes), pour sortir de ce qu'ils appelaient le "ghetto socioculturel folklorique, exotique et doudouiste". Estimant qu'il existe une peinture caribéenne dont il faut préserver l'authenticité, le groupe est né de la volonté de créer un courant artistique à l'échelle de la caraïbe. Les bases théoriques indiquées par Simone Cancelier postulent que "l'oeuvre d'art a valeur de trace, d'empreinte, de témoignage d'une civilisation, exaltant la dimension primitive, la mémoire, l'histoire, les traditions, les moeurs et les coutumes en opérant un retour aux sources, aux racines." Pour ces deux artistes, la fibre végétale (coco, banane, papaye...) est de longue date un matériau de prédilection. Utilisée sur tous les supports selon une pratique collagiste, elle est ou non recouverte de peinture et a donné lieu au terme de "fibressences". Outre l'intérêt de sa texture, une dimension symbolique et sacrée lui est accordée. Le recours a la fibre est pour ces deux artistes une manière de dire une identité, de traduire l'être caribéen. Elle es t dotée d'un sens qui exprime leur attachement aux profondeurs des traditions de leur espace culturel..
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La fibre est aussi considérée comme un intermédiaire entre le visible et l'invisible, symbol de la vie dans ses dimensions matérielle et spirituelleLa question est de savoir ce qui fait le lien entre les peintures de Klodi Cancelier mettant en présence des masques d'inspiration africaines et des figures amérindiennes dans un espace non délimité, avec celles de Lucien Léogane dépourvues de figures, dont l'univers pictural est abstrait, avec un recours quasi invariant au cerne?L'un puisant dans un réservoir de signes et de symboles, dans une démarche de réappropriation syncrétique qui intérroge la mémoire, l'autre développant plutôt un travail d'introspection, de cheminement sdans le monde intérieur. Au delà de ces différences plastiques, ce qui lie ces deux artistes, outre bien sûr l'utilisation respective de la fibre et la préparation conjointe des supports, c'est une dimension spirituelle omniprésente, une certaine approche de l'univers et la même démarche identitaire. Ce à quoi s'ajoute la volonté d'élaborer "une esthétique caribéenne contemporaine". Depuis peu, ce travail en duo s'est renforcé au point qu'il devient parfois difficile de différencier les travaux réalisés par l'un ou par l'autre. La fibre a cessé d'être utilisée comme support pour devenir le corps même de l'oeuvre. Une nouvelle étape est franchie qui passe par la fabrication de papiers aux textures aussi riches qu'imprévues. La fibre se manifeste dans une nouvelle matérialité, pour un nouveau destin. Tous deux ont momentanément laissé de côté la couleur pour privilégier la teinte du papier dans une diversité de nuances, ainsi que les limites de la toile au profit d'une liberté de la forme. |